L’or bleu sous surveillance
A l’heure de la journée mondiale de l’Océan mercredi 8 juin, la période de sécheresse que traverse la France préoccupe particulièrement les services chargés de la surveillance et de la gestion de l’eau. Les mois d’avril et de mai ont été très secs, accumulant les déficits pluviométriques de 50% à 90% alors que traditionnellement ce sont les mois les plus arrosés. Aujourd’hui, 61 départements, dont la Haute-Garonne sont concernés par un arrêté limitant l’usage de l’eau particulièrement sur le Hers-vif placé niveau 2. Les nappes phréatiques souffrent également. Heureusement, depuis une dizaine de jours, des pluies salvatrices arrosent le bassin Adour-Garonne.
Au service environnement eaux et forêts de la préfecture située dans la cité administrative de Toulouse, l’analyse des dernières mesures effectuées par la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) rassurent. Les cours d’eau retrouvent des débits loin du débit d’objectif d’étiage (DOE ; étiage = niveau le plus bas atteint par un cours d’eau). Il s’agit du seuil d’alerte à partir duquel le préfet prend des arrêtés de restriction d’eau. Une technicienne du service, Mme Virginie Juvenel se confie « ça m’a bien rassuré quand il a commencé à pleuvoir. On avait l’impression d’être début septembre », tableau de suivi des cours à la main. Effectivement, tous les cours d’eau sont rentrés dans le droit chemin, même l’Hers-vif avec un DOE plus que satisfaisant. Mme Juvenel rappelle qu’il existe des retenues collinaires qui permettent de ne pas atteindre le seuil d’alerte, mais tempère en affirmant que parfois elles ne se remplissent pas, et donc le volume d’eau à lâcher est moindre. Ainsi les agriculteurs consommant 80% des ressources en eau, au moment où les cours sont bas, ne peuvent irriguer ou se créer un fourrage de qualité, les pollutions se dissolvent moins, la vie aquatique est menacée par la diminution de l’oxygène.
Avec le changement climatique, l’eau présentée comme une ressource inépuisable devient rare, et donc précieuse. Pour gérer cet « or » bleu, la loi sur l’eau de 1964 a créé des agences de l’eau pour prendre en charge la gestion décentralisée de la politique de l’eau. Le bassin hydrologique où est sise Toulouse, est administré par l’Agence de l’eau Adour-Garonne. Sollicitée pour connaître leur politique, Mme Catherine Belaval, chargée des relations avec la presse n’a pas souhaité faire de commentaire mais a transmis, avec l’aide du service documentation de l’Agence de quoi dresser un tableau précis de leurs actions. A travers une note interne, l’Agence dresse un bilan honnête de « la situation fin mai très préoccupante », et propose de solutions afin de corriger la diminution des ressources en eau (rivières et nappes). Il y va des restrictions concernant le lavages des voitures, remplissage des piscines, arrosage des jardins, mesures que les particuliers interrogés considèrent comme relevant du bon sens. Cette année, l’Agence apportera une aide d’un million d’euros aux 20 000 irrigants du bassin pour qu’ils réalisent des économies d’eau. Avec ces éléments, l’Etat semble être en mesure d’assurer la gestion de l’eau. Quand à la mairie de Toulouse, elle n’a pas souhaité communiquer sur ses pratiques d’économies d’eau.
Il est à noter que deux informations sont apparues contradictoires au sujet du niveau des nappes phréatiques. L’Agence de l’eau constate qu’elles sont « très basses avec des records jamais atteints au mois de mai ». Or, Mme Juvenel du service des eaux a certifié que « les nappes phréatiques n’étaient pas touchées ». Cette incohérence, peut-être simplement due à une erreur, n’est pas sans interrogation, quand on sait que l’homme puise dans les nappes pour s’alimenter en eau. L’eau, bien commun de l’humanité, est devenue objet de guerre, et également de spéculation, un peu comme le pétrole. A quand des cours à 2€ le litre ?