La lecture dans les lycées de la lettre de Guy Môquet, jeune homme fusillé en 1941, reste “obligatoire” le 22 octobre, anniversaire de sa mort, comme l’a indiqué, lundi 19 octobre Jean-Louis Nembrini, directeur général de l’enseignement scolaire. Une note de service, publiée le 24 septembre au Bulletin officiel, pouvait laisser entendre que la lecture de la lettre du jeune résistant communiste, instaurée en 2007, était devenue optionnelle.
Cette lettre est disponible sur le site de l’éducation nationale parmi onze textes ici. L’homme est présenté comme résistant, arrêté alors qu’il distribuait des tracts communistes dans la gare de l’Est, abattu en représailles de l’assassinat de l’officier Karl Hotz, avec vingt six de ses compagnons, dont il est le benjamin.
Le but éducatif affiché est d’appeler les lycéens à s’engager pour une cause, comme l’ont fait en leur temps quelques jeunes français, pour la défense des libertés sous l’occupation nazie. (Note de service complète du ministère ICI)
22 octobre 1941
Le choix du président Nicolas Sarkozy portant sur M. Môquet comme symbole de la Résistance française souffre de critiques par de fins connaisseurs de cette période, notamment sur son rôle de résistant.
Comme dit précédemment, il a été arrêté le 13 octobre 1940 par trois policiers français pour avoir distribué des tracts, pour le Parti communiste dans le cadre des activités de jeunesses communistes clandestines. En effet, l’Occupant a demandé à l’Etat français de promulguer décret-loi, conçu par Edouard Daladier, du 26 septembre 1939, interdisant le Parti communiste. Bien qu’acquitté par le Tribunal pour enfants et adolescents de la Seine le 23 janvier 1941, sa condition de militant communiste le conduit à l’internement en application du décret-loi. Il finira son périple pénitentiaire le 16 mai 1941 au camp de Choisel, à Châteaubriant, où sont regroupés les militants communistes.
Le 20 octobre 1941, trois résistants communistes, Marcel Bourdarias, Gilbert Brustlein et Spartaco Guisco, abattent, à Nantes, le Feldkommandant Karl Hotz, commandant des troupes d’occupation de la Loire-inférieure. En guise de représailles, l’Occupant décide de fusiller 50 otages. Quarante-huit otages sont fusillés : seize à Nantes, cinq au fort du Mont-Valérien et vingt-sept à Châteaubriant, dont Guy Môquet, le 22 octobre 1941.
Résistant ?
La controverse tient au moment où sont entrés en résistance les communistes à travers les Bataillons de la Jeunesse. Ils se sont engagés en France dans la lutte armée contre les troupes d’occupation allemandes en juin 1941, après le déclenchement des hostilités par l’Allemagne nazie sur l’URSS de Staline. Or, en octobre 1940, au moment de l’arrestation de M. Môquet, le Parti n’appelait pas à la résistance. Le PCF appelait à la lutte internationale contre les puissances d’argent capitalistiques et contre la misère sociale dont elles étaient coupables.
Extrait significatif du contenu de ces tracts :
“Des magnats d’industrie (Schneider, De Wendel, Michelin, Mercier [...]), tous, qu’ils soient juifs, catholiques, protestants ou francs-maçons, par esprit de lucre, par haine de la classe ouvrière, ont trahi notre pays et l’ont contraint à subir l’occupation étrangère [...] De l’ouvrier de la zone, avenue de Saint-Ouen, à l’employé du quartier de l’Étoile, en passant par le fonctionnaire des Batignolles [...] les jeunes, les vieux, les veuves sont tous d’accord pour lutter contre la misère…”.
Ce texte est très clair : la principale cause de l’invasion allemande étant la trahison des exploiteurs capitalistes anti-ouvriers, l’urgence est de combattre la misère dont ils sont les responsables, et non l’occupant. Ils réclamaient également la libération des prisonniers communistes incarcérés depuis l’automne 1939.
En faire un symbole
Pour effacer des mémoires ce manque de précocité dans la Résistance, le PCF organise la première cérémonie de souvenir à laquelle assiste l’ensemble des forces de la Résistance le 22 octobre 1944, au premier anniversaire de la fusillade après la Libération. Dès lors, chaque année, le parti rendra hommage aux fusillés de Châteaubriant.
Par ailleurs, dès 1946, le nom de Guy Môquet sera posé sur de nombreux équipements, telle une gare de Métro encore une rue du 17ème arrondissement de Paris.
Face à cette lente mystification, il devient impossible aux historiens de remettre en cause son statut de résistant, sauf à provoquer un tollé général. Il leur est alors difficile d’affirmer que ce jeune homme ne faisait que distribuer des tracts, en conformité avec le Pacte germano-soviétique de non agression signé par Von Ribbentrop et Molotov en 1939. Le site Internet du PCF reste d’ailleurs silencieux sur ce détail, jugez en plutôt. ICI.
Je vous invite aussi à lire la biographie officielle de Guy Môquet disponible ici, sur le site Chemindememoire.
http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/page/affichegh.php?idLang=fr&idGH=1021
“ Si nous osons dire la vérité sur le passé, peut-être oserons-nous dire la vérité sur le présent.”
Ken loach
Extrait d’un discours lors de Festival de Cannes – Mai 2006